Le paradoxe Pôle Emploi

Les chômeurs ont-ils une chance de retrouver du travail grâce à Pôle Emploi ? C’est la question que pose en préambule le reportage diffusé il ya quelques jours dans le magazine « Les Infiltrés » sur France 2, témoignage « à charge » d’une journaliste ayant filmé à leur insu les salariés d’une agence de Pôle Emploi, devenus par la force des  circonstances (le tournage) ses collègues. La méthode journalistique peut éventuellement être critiquée mais comment faire autrement aujourd’hui lorsque l’on veut dépeindre une réalité qui dérange, surtout si l’institution ne laisse pas les journalistes faire leur travail librement ? Et même quand on les laisse enquêter, ils sont souvent pris en charge par les services « filtrants » de communication ou de relations presse, dont le rôle consiste à déformer le travail d’investigation en une vision conforme aux objectifs de la structure…

Pour très bien connaître concrètement et sur le terrain la problématique traitée dans le reportage, je ne peux malheureusement qu’attester du réalisme de ce reportage qui n’apprend rien aux professionnels du secteur mais montre au grand public que les discours ne déclenchent pas de miracle, et cela depuis de longues années…

 

Quelle est la vocation au départ d’un agent Pôle Emploi qui postule pour une mission de service public, qui consiste à accompagner les chômeurs à l’accès ou au retour à l’emploi ? Celui qui a une vision réaliste du métier est attiré au départ par la compréhension du besoin de ces demandeurs d’emploi qui consiste à définir ou confirmer un projet professionnel « réaliste » et « réalisable », c’est-à-dire qui s’inscrit comme ayant une ouverture à l’intérieur du marché de l’emploi et qui ne nécessite pas trop d’étapes avant son aboutissement… Le candidat au poste d’agent chez Pôle Emploi doit aussi être conscient de la nécessité de nouer des relations de proximité avec les entreprises et tous les acteurs économiques de son territoire afin de mieux  connaître les opportunités et de développer une vision prospective des besoins de demain… Malheureusement, cette autre compétence est négligée souvent aussi bien dans la vocation des agents de Pôle Emploi que dans la réponse donnée par le management… manque de temps, de moyens…. Et parfois d’ouverture vers l’extérieur.

Politiquement également, Pôle Emploi se doit de montrer que tout est mis  œuvre pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi et que même les opérateurs privés ne peuvent pas faire mieux… C’est à vrai dire une hypothèse, souvent formulée notamment par les prestataires privés mandatés par l’institution pour coacher les chômeurs, et qui ne parviennent plus à atteindre des résultats vraiment meilleurs que ceux de Pôle Emploi  Pourquoi ? Tout simplement parce que les budgets définis dans les cahiers des charges de recours aux prestataires privés sont si bas que les grands spécialistes privés des questions de l’outplacement et de l’accompagnement au retour à l’emploi ont renoncé à postuler, et que seules des petites structures (avec références, ancienneté et nombre conséquent de salariés/partenaires !) peuvent prétendre obtenir ces marchés, en affectant leurs salariés les moins chers à ces missions (et donc souvent débutants dans le domaine) pour ne pas trop entamer leur seuil de rentabilité…

Pôle Emploi et le gouvernement actuel déclarent prendre acte de cet état d’urgence et ont lancé il y a quelques mois le Plan Pôle Emploi 2015  qui devrait améliorer la situation par un ancrage régional plus fort et une création de postes… Mais de l’eau ayant coulé sous les ponts, il semblerait (même pour Jean Bassères, DG de Pôle Emploi qui le confirme dans le débat qui fait suite au reportage) que constats et projets soient déjà datés et ne répondent que de manière très insuffisante  au réel besoin d’accompagnement des demandeurs d’emploi. D’autant plus qu’il n’y aura pas d’emploi pour chacun…

Que faire alors ?

Notre entreprise Phedon est engagée dans des missions de prospective, de gestion des compétences et de l’employabilité en entreprise, d’accompagnement des carrières et de l’orientation. Le principe de réalité est le premier mot d’ordre pour avancer, ainsi que la mise en réseau de tous les acteurs de l’emploi …  Des méthodes qui font leur preuve

Mais nous sommes surtout convaincus que tout se joue déjà dans l’éducation et sommes aussi très présents auprès d’un public plus jeune, notamment étudiant, afin de les rendre acteurs de leur parcours professionnel, acteurs donc actifs dans la veille sur le devenir économique de leur société et dans la mise en œuvre de projets professionnels dynamiques et flexibles. Les diplômes ne sont plus l’élément déterminant de la réussite d’une personne (même si les études sont de plus en plus longues), mais les clés du succès résident dans la capacité à parler plusieurs langues, à être mobiles sur un territoire de plus en plus large et toujours plus mondialisé, et surtout à être conscients que la formation ne se termine pas avec le diplôme en poche et le premier job, au contraire elle ne fait que commencer.

Et dans la même dynamique, nous accompagnons également toutes les personnes souhaitant donner un nouveau tournant à leur carrière, à tout moment d’un parcours professionnel.

C’est ainsi que nous travaillons, loin de tout cliché et de tout attentisme. C’est ainsi que nous sommes également engagés dans des projets bénévoles.

Nelly Margotton

Le numérique : garantie de création d’emplois!

Sujet d’actualité, à l’heure des regrets face à la désindustrialisation progressive de la France ces dernières années, et au regard de la hausse du chômage, on s’interroge sur l’avenir du numérique et des perspectives qui en découlent pour notre activité économique, pour nos entreprises, pour l’emploi.

Internet et le numérique ont le pouvoir de fasciner la population : d’une part, les images 3D, les Smartphones, les tablettes numériques et les connections multiples sur les réseaux sociaux relancent une partie de la consommation et génèrent l’envie… et l’achat ; d’autre part, la peur de ne plus maîtriser sa vie privée fait reculer bon nombre d’utilisateurs qui considèrent à tort l’intimité  comme une valeur universelle alors qu’elle date d’à peine 3 siècles… « Notre droit à l’intimité (privacy) n’est qu’une norme qui a évolué au cours des années » a déclaré Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Le paradoxe réside en effet dans notre capacité à confondre les différents enjeux du respect de notre vie privée : on tolère de plus en plus de surveillance au nom de la sécurité et parallèlement on se cache derrière des pseudos quand on donne son avis !

 

Notre société a changé de vitesse… Si la vision globale, nécessaire à la formulation d’une stratégie à long terme, suppose de la lenteur et de la prise de recul, Internet nous oblige à accélérer la cadence à tous les niveaux :

-          Au niveau de la législation : notre capacité à légiférer ne suit pas le rythme de l’innovation technologique et les différentes lois de protection (droit d’auteur, diffamation, …) sont déjà dépassées quand elles peuvent être appliquées !

-          L’espionnage et les détournements mobilisent les équipes de cybercriminalité sur de nombreux fronts mais les effectifs ne répondent pas aux besoins créés par les vols de fichiers d’entreprises et de leurs innovations, sans compter le trafic des images pédophiles et autres horreurs.

-          Nos infrastructures sont presque obsolètes, nous n’avons pas encore su prendre la mesure des besoins des évolutions technologiques et généraliser l’implantation de fibres optiques sur tout le territoire… En poursuivant ainsi, nous serons difficilement compétitifs si nous ne sommes pas en mesure d’entrer dans la révolution technologique en cours et dont ont besoin les entrepreneurs innovants, les universités et… les particuliers porteurs de projet.

 

Devons-nous nous alarmer pour autant ? Certains le pensent, d’autres subissent…

En tout état de cause, ces alertes laissent à penser que de nombreux emplois sont à créer : juristes et avocats spécialisés en numérique, professionnels de la cybercriminalité pour soutenir les équipes de gendarmerie, métiers du bâtiment pour l’installation de la fibre optique, informaticiens pour l’utilisation de ces nouveaux réseaux, et des métiers qui n’existent pas encore et dont l’émergence sera favorisée par le développement de ces technologies… les ingénieurs et les scientifiques ne patienteront pas longtemps… même les philosophes sont déjà sur le coup et réinterrogent la définition de l’humain dans ce nouveau monde (cf Monique Atlan et Roger-Pol Droit qui viennent de signer Humain – Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies).

 

Les médias traditionnels aiment présenter le numérique et internet comme potentiellement dangereux, susciter les craintes qui justifieraient notre lenteur dans la prise en compte de la transformation de notre société. Mais quand on observe les opportunités déjà saisies par nombre de nos concitoyens pour créer de la richesse grâce au numérique, il est bon de faire une mise au point :

-          Internet a permis la création de milliers d’emplois

-          Les créateurs d’entreprise dans le secteur du numérique sont de plus en plus jeunes (cf. sur le site Jobteaser : la rubrique « start me up » présente les jeunes créateurs (moins de 25 ans pour la plupart) qui puisent leurs idées dans leur utilisation d’internet.

-          Les réseaux sociaux permettent d’avoir accès aux recruteurs et aux décideurs en quelques clics et permettent aux carrières de se développer plus vite, ce qui correspond par ailleurs aux aspirations de la génération des « Digital Natives » ou génération Y baignée dans le numérique depuis l’enfance ou l’adolescence.

-          Le marketing y puise de nouvelles sources de réflexion et permet à l’entreprise de mieux comprendre ses clients et de s’y adapter ! Les clients peuvent ainsi exiger plus de leurs prestataires…

-          Les RH s’intéressent davantage désormais à leurs salariés ou potentiels recrutés en recherchant les talents sur la base d’un nouveau processus, le marketing RH, qui permet aussi de mieux prendre en compte les risques psychosociaux et les notions de bien-être au travail… afin de soigner la réputation de leur entreprise et aussi de répondre aux aspirations qu’ils avaient sans doute en embrassant le métier des ressources humaines souvent dénaturé par les contraintes financières…

 

A nous de nous mettre au numérique ?

Entreprises, salariés, demandeurs d’emploi de toutes générations, des perspectives continuent de s’ouvrir, à nous de nous y ouvrir et de nous y former.

Soyons visibles, n’ayons pas peur, partageons, c’est ainsi que notre nouvelle société se dessine !

 

un peu de lecture :

 

Le marché de l’emploi en France : un vrai sujet…

L’emploi n’est pas qu’un sujet de campagne électorale, mais davantage un enjeu fort qui engage un ensemble d’acteurs coresponsables…

On ne peut plus aujourd’hui se satisfaire de la représentation traditionnelle qui définit le marché de l’emploi comme le lieu de rencontre de l’offre et de la demande de travail, dans un environnement qui comprend les entreprises, les salariés, les demandeurs d’emploi, les employeurs, les entreprises et le gouvernement. Ce schéma est trop simpliste et ne rend pas compte de la complexité du parcours de combattant du nouvel entrant dans ce marché ou des nouveaux demandeurs d’emploi. Le marché de l’emploi n’est plus un lieu, c’est une carte. Une carte d’un paysage aux contours multiples, vallonné par endroits, escarpé par ailleurs, fissuré, et subissant les caprices d’un climat qui n’est pas que local… Quelques prairies subsistent, et un horizon à contempler avec une belle vue à certaines heures…

 

 

 

La carte du marché de l’emploi
Au Nord, on retrouve la législation sociale, de plus en plus contraignante, qui tend à réduire les inégalités à coups de réformes pour accompagner les seniors, les jeunes, les femmes, les non qualifiés, en légiférant sur l’égalité, l’employabilité et la sécurisation des parcours professionnels, la formation, les retraites, l’apprentissage, … Le recrutement devient de plus en plus stratégique, il ne s’agit pas d’embaucher seulement du personnel compétent et flexible, mais de répondre aussi aux accords signés qui doivent privilégier certaines catégories de population considérées comme trop absentes à travers l’analyse de l’effectif et de la pyramide des âges. Tant mieux pour eux, mais pas avantageux pour tous les aspirants…

A l’Ouest, l’air de la mondialisation et de la compétitivité souffle sur les dirigeants, qui doivent trancher entre les préconisations des promoteurs de la Responsabilité Sociale et Environnementale d’une part, et les velléités des actionnaires d’autre part.  Entre flexicurité et délocalisation le cœur balance, entre recentrage sur le cœur de métier et R&D il faut trancher… De nouvelles activités de services apparaissent pour palier la désindustrialisation, mal connues et à explorer… Les réseaux fonctionnent, les dynamiques insufflées par les projets de revitalisation créent des passerelles, mais les partenaires sont essentiellement privés et Pôle Emploi peine encore à y prendre sa place.

Au sud, on constate un climat social qui se fragilise : précarité, pauvreté et misère se bousculent à nos portes de particuliers, mais aussi aux portes des entreprises qui doivent se confronter aux nouvelles demandes de financement de la protection sociale pour accompagner ces laissés-pour-compte et leur permettre de rebondir un jour.  Comment envisager dans ces conditions d’augmenter sa masse salariale et d’investir dans de nouveaux projets ???

A l’est les enjeux climatiques influencent aussi le marché qui se doit de réagir et de répondre enfin au réchauffement de la planète en repensant les horaires de travail pour désengorger les routes aux heures de pointe, en envisageant même de favoriser le télétravail. Le recyclage des déchets, l’utilisation de matières non polluantes, les préoccupations en matière de bilan carbone intègrent les stratégies, génèrent aussi des coûts, et même si de nouveaux emplois peuvent émerger dans ce domaine, les entreprises ne peuvent pas se permettre de mener parallèlement toutes ces campagnes, de se battre sur tous les fronts.

Et puis au centre, on retrouve un mélange de générations, qui ne se comprennent pas toujours car elles n’ont pas la même représentation de l’équilibre vie professionnelle/vie privée, le même rapport à l’autorité, le même attachement à l’entreprise qui les forme. Et comme c’est le management qui doit s’adapter aux personnes et non l’inverse, la prise de hauteur est nécessaire pour créer des liens entre les acteurs !
Les nouvelles technologies, internet et les réseaux sociaux ont pris leur place, et engagent des perspectives d’émergence de nouveaux métiers pour répondre aux attentes du web 3.0 et obligent aussi à des remises en question fortes à l’heure où tout peut se dire, se lire et se partager (pendant et hors temps de travail !) et où chacun est en mesure de choisir son employeur ou son prestataire en fonction de ce qui circule sur la toile ! Une nouvelle culture et des valeurs inédites imprègnent le monde de l’entreprise, mais également la société tout entière et ses représentants, élus de la république ou acteurs majeurs du développement économique.

Quel GPS pour se retrouver ?
A l’annonce des fermetures de leur entreprise, les réactions des futurs salariés licenciés sont vives et souvent empreintes de tristesse, de désespoir même, et expriment une forte détresse… On stigmatisera peut-être ces mêmes personnes dans quelques années en les accusant de ne pas vouloir travailler, de préférer l’assistanat à l’emploi… en oubliant cet attachement à leur dernier poste, à leur dernière entreprise.
On se perd dans cet environnement, même quand on possède la carte. Les repères sont flous car les aléas se bousculent et créent des embouteillages un peu partout. Il faudrait suffisamment de hauteur pour pouvoir survoler et prendre l’air en avion, en montgolfière, avant de redescendre avec une vue d’ensemble.

La compréhension macroéconomique semble indispensable pour se retrouver dans ce paysage complexe, et il faut programmer les GPS qui savent se mettre à jour en permanence. .. Ces GPS sont aujourd’hui les guides des demandeurs d’emploi et les conseillers des entreprises… Mais d’après les derniers chiffres, ils sont submergés par les demandes et ont la responsabilité de trop d’individus pour répondre à toutes les attentes. En effet, les journaux titrent que Pôle Emploi serait au bord de l’implosion avec des prises en charge de plus de 200 demandeurs d’emploi par conseiller… Conseillers qui doivent aussi être des références pour les entreprises afin de les accompagner dans leurs projets de recrutement… et de « décrutement ».

C’est de nouveau aux acteurs privés,  entreprises, associations et bénévoles de prendre le relai… Mais à quel prix ?

L’emploi n’a plus vraiment d’importance. Il faut sécuriser des parcours… Travailler sur des trajectoires individuelles, en les intégrant à des démarches collectives pour assurer les transferts de compétences, de connaissance. Des parcours de vie, et des parcours sur la carte d’un marché peu lisible.

Combien sommes-nous d’acteurs engagés sur ce terrain-là?

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