Internet en entreprise : partenaire encombrant?

Nos collègues les plus sympathiques, avec lesquels nous ne sommes pas en conflit pour une place dans un projet ou en compétition pour la prochaine promotion et augmentation de salaire, ce sont nos ordinateurs, nos Smartphones, tablettes … partenaires de travail très conciliants, disponibles et réactifs, qui ne rechignent jamais à nous aider un peu à n’importe quelle heure de la journée et sans jamais se plaindre en plus !

Besoin de documentation sur un client, un fournisseur ? Direction leur site internet.
Recrutement d’un nouveau collaborateur ? Réseaux sociaux, job boards, …
Déclarations sociales ? Sites gouvernementaux
Opération bancaire ? Télépaiements, télévirements, …
Etc. etc. etc.…
(mais aussi : Un match à suivre discrètement en pleine coupe du monde ? Twitter, mais c’est moins politiquement correct !)

On peut même parfois connaître la stratégie de sa propre entreprise plus rapidement par internet que par ses managers ou par sa direction (mais c’est un autre débat !)

Bref, la Génération Y n’est pas la seule à s’imposer en entreprise, la « génération » des appareils numériques nous propose aussi ses « compétences » et son sens du service ! Ce nouveau collègue a la tête bien pleine : grâce aux modules de recherche, l’accès au savoir (ou prétendu tel) est quasi immédiat… Une tête bien pleine doublée d’un grand sens du service : on sollicite son aide, il répond. Ses détracteurs déplorent cependant sa tendance à prendre trop de place au détriment de la concentration de certains, davantage sollicités par les liens hypertextes, les conduisant vers de nouvelles rencontres de tout type d’offres ou de discussions, que par les objectifs de l’entreprise. Ils dénoncent aussi la destruction d’emplois remplacés par des guichets automatiques version numérique. Et surtout, ils redoutent que cette tête bien pleine que renferment nos objets numériques détruisent le peu de têtes bien faites qui pourraient s’efforcer de travailler leur mémoire, leur implication, leur réactivité et bien entendu leur « productivité » au nom d’une « compétitivité » dont on va peu à peu oublier le sens tellement le mot est actuellement employé pour « vendre » des décisions… !

Le « c’était mieux avant » poursuit son chemin, inébranlable, à travers les successions de générations…

Internet rendrait bête et ramollirait le cerveau. Les mêmes personnes qui prétendent cela n’ont aucune gêne à passer des heures devant la télévision en rentrant du travail, passivement installés devant des programmes destinés à occuper la disponibilité de leur cerveau entre deux publicités vantant les mérites … d’appareils numériques. Ils marqueront leur différence en insistant sur le fait que l’écran tv n’a pas encore investi le lieu de travail et qu’ils restent pleinement concentrés sur leur mission pendant leurs heures de présence, contrairement aux surfeurs éternels des sites et des réseaux sociaux dont il faudrait bloquer l’accès à certaines heures. Dans quelques entreprises, il est désormais impossible de se connecter sur Facebook à travers les ordinateurs, ce qui est devenu inutile puisque les smartphones personnels toujours présents dans les mains des « accros » permettent d’y accéder…

Est-il vrai qu’internet coupe la concentration et détruit les capacités de réfléchir de manière indépendante et ouverte, tout cela au détriment de sa mission professionnelle ?

Nous serions tentés de répondre oui si la mission professionnelle consiste à conduire un véhicule ou toute autre machine, pour des raisons de sécurité évidentes, chaque chose en son temps. Mais pour les salariés occupant un poste derrière un bureau ? L’accès à des réponses en temps réel offre-t-il une solution pour nous faire avancer plus vite et mieux, et par ricochet pour accompagner les objectifs de l’entreprise ? Ou alors cet accès remplace-t-il notre faculté à trouver les réponses nous-mêmes qui prendrions certes plus de temps, mais à travers la réflexion et l’examen des questions, ainsi que la sollicitation des collègues d’en face et d’à côté, nous serions encouragés par la progression de notre pensée à faire émerger de nouvelles idées, innover, stimulés grâce à la confrontation des points de vue.

La réponse se trouve certainement entre les deux. Dans une société où la vitesse est valorisée au nom de cette fameuse compétitivité, il y a bien longtemps qu’on a peur de perdre son temps en pensant, en réfléchissant. D’un côté, internet et l’informatique nous facilitent grandement la vie, comme l’affirme Michel Serres dans son dernier essai, que je vous recommande vivement, Petite Poucette : « De notre tête osseuse et neuronale, notre tête intelligente sortit. Entre nos mains, la boîte ordinateur contient et fait fonctionner ce que nous appelions jadis nos facultés : une mémoire plus puissance mille fois que la nôtre ; une imagination garnie d’icônes par millions ; une raison aussi, puisque autant de logiciels peuvent résoudre cent problèmes que nous n’eussions pas résolus seuls. Notre tête est jetée devant nous, en cette boîte cognitive objectivée… Voici le savoir jeté là, objectif, collecté, collectif, connecté ».
D’un autre côté on peut estimer que nous sommes trop dépendants de nos appareils et que nous privilégions les réponses toutes faites au détriment des réponses adaptées, car de lien en lien et de site en site, l’offre est trop immense. Les experts en psychologie cognitive affirment même que nous ne retenons pas ou très peu ce que nous découvrons sur le net, sauf s’il s’agit de connaissances que nous possédons déjà et que nous complétons par le biais de ces trouvailles hypertextes. L’attrait pour ce qui est nouveau (dit Nicholas Carr, Philosophie Magazine sept. 2012) prend le pas sur l’assimilation. Il n’y a donc pas de capitalisation de ces savoirs pour les prochaines sollicitations, qui provoqueront de nouvelles recherches sur internet. Par conséquent, à terme, cela reste-t-il du gain de temps ? A l’heure où l’entreprise s’interroge sur la transmission et l’héritage des connaissances (et pas seulement des compétences !), il serait alors de bon ton de tout sauvegarder par le biais informatique, et surtout de bien classer pour pouvoir transmettre à toute nouvelle personne… La mémoire des entreprises se matérialiserait donc chez notre collègue digital à la tête bien pleine, qui deviendrait ainsi par nos soins une tête bien faite aussi !

Nous pourrions conclure de manière optimiste qu’il est possible d’envisager que notre recours très intense aux nouvelles technologies afin de penser à notre place peut encore être bénéfique à condition de conserver la maîtrise de l’organisation de ces savoirs accumulés pour les rendre accessibles en permanence ; on pourrait même imaginer que cet accès facilité et permanent pourrait permettre la prise de recul et la réflexion sur cette accumulation et d’affirmer avec Michel Serres que « sur une route, comme devant le savoir, il est beaucoup plus stimulant d’être en position de conducteur ». Mais pour piloter, encore faut-il avoir pris des cours de pilotage. Alors à quand des formations de pilotage du numérique en entreprise pour tous les salariés ?

 

(débat à retrouver sur notre blog : L’entreprosophe)

Le numérique : garantie de création d’emplois!

Sujet d’actualité, à l’heure des regrets face à la désindustrialisation progressive de la France ces dernières années, et au regard de la hausse du chômage, on s’interroge sur l’avenir du numérique et des perspectives qui en découlent pour notre activité économique, pour nos entreprises, pour l’emploi.

Internet et le numérique ont le pouvoir de fasciner la population : d’une part, les images 3D, les Smartphones, les tablettes numériques et les connections multiples sur les réseaux sociaux relancent une partie de la consommation et génèrent l’envie… et l’achat ; d’autre part, la peur de ne plus maîtriser sa vie privée fait reculer bon nombre d’utilisateurs qui considèrent à tort l’intimité  comme une valeur universelle alors qu’elle date d’à peine 3 siècles… « Notre droit à l’intimité (privacy) n’est qu’une norme qui a évolué au cours des années » a déclaré Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook. Le paradoxe réside en effet dans notre capacité à confondre les différents enjeux du respect de notre vie privée : on tolère de plus en plus de surveillance au nom de la sécurité et parallèlement on se cache derrière des pseudos quand on donne son avis !

 

Notre société a changé de vitesse… Si la vision globale, nécessaire à la formulation d’une stratégie à long terme, suppose de la lenteur et de la prise de recul, Internet nous oblige à accélérer la cadence à tous les niveaux :

-          Au niveau de la législation : notre capacité à légiférer ne suit pas le rythme de l’innovation technologique et les différentes lois de protection (droit d’auteur, diffamation, …) sont déjà dépassées quand elles peuvent être appliquées !

-          L’espionnage et les détournements mobilisent les équipes de cybercriminalité sur de nombreux fronts mais les effectifs ne répondent pas aux besoins créés par les vols de fichiers d’entreprises et de leurs innovations, sans compter le trafic des images pédophiles et autres horreurs.

-          Nos infrastructures sont presque obsolètes, nous n’avons pas encore su prendre la mesure des besoins des évolutions technologiques et généraliser l’implantation de fibres optiques sur tout le territoire… En poursuivant ainsi, nous serons difficilement compétitifs si nous ne sommes pas en mesure d’entrer dans la révolution technologique en cours et dont ont besoin les entrepreneurs innovants, les universités et… les particuliers porteurs de projet.

 

Devons-nous nous alarmer pour autant ? Certains le pensent, d’autres subissent…

En tout état de cause, ces alertes laissent à penser que de nombreux emplois sont à créer : juristes et avocats spécialisés en numérique, professionnels de la cybercriminalité pour soutenir les équipes de gendarmerie, métiers du bâtiment pour l’installation de la fibre optique, informaticiens pour l’utilisation de ces nouveaux réseaux, et des métiers qui n’existent pas encore et dont l’émergence sera favorisée par le développement de ces technologies… les ingénieurs et les scientifiques ne patienteront pas longtemps… même les philosophes sont déjà sur le coup et réinterrogent la définition de l’humain dans ce nouveau monde (cf Monique Atlan et Roger-Pol Droit qui viennent de signer Humain – Une enquête philosophique sur ces révolutions qui changent nos vies).

 

Les médias traditionnels aiment présenter le numérique et internet comme potentiellement dangereux, susciter les craintes qui justifieraient notre lenteur dans la prise en compte de la transformation de notre société. Mais quand on observe les opportunités déjà saisies par nombre de nos concitoyens pour créer de la richesse grâce au numérique, il est bon de faire une mise au point :

-          Internet a permis la création de milliers d’emplois

-          Les créateurs d’entreprise dans le secteur du numérique sont de plus en plus jeunes (cf. sur le site Jobteaser : la rubrique « start me up » présente les jeunes créateurs (moins de 25 ans pour la plupart) qui puisent leurs idées dans leur utilisation d’internet.

-          Les réseaux sociaux permettent d’avoir accès aux recruteurs et aux décideurs en quelques clics et permettent aux carrières de se développer plus vite, ce qui correspond par ailleurs aux aspirations de la génération des « Digital Natives » ou génération Y baignée dans le numérique depuis l’enfance ou l’adolescence.

-          Le marketing y puise de nouvelles sources de réflexion et permet à l’entreprise de mieux comprendre ses clients et de s’y adapter ! Les clients peuvent ainsi exiger plus de leurs prestataires…

-          Les RH s’intéressent davantage désormais à leurs salariés ou potentiels recrutés en recherchant les talents sur la base d’un nouveau processus, le marketing RH, qui permet aussi de mieux prendre en compte les risques psychosociaux et les notions de bien-être au travail… afin de soigner la réputation de leur entreprise et aussi de répondre aux aspirations qu’ils avaient sans doute en embrassant le métier des ressources humaines souvent dénaturé par les contraintes financières…

 

A nous de nous mettre au numérique ?

Entreprises, salariés, demandeurs d’emploi de toutes générations, des perspectives continuent de s’ouvrir, à nous de nous y ouvrir et de nous y former.

Soyons visibles, n’ayons pas peur, partageons, c’est ainsi que notre nouvelle société se dessine !

 

un peu de lecture :

 

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